Samedi 20 septembre 2008

Journal de Natanaël


Dimanche 29 septembre 2008, 9h47


« Mon plan avance. Bientôt ma superbe camarade de classe, Kalyn Sunsweet, sera à genoux devant moi. Ou tout du moins, sera passée dans mon lit. Durant la semaine, j'ai réussit à obtenir son numéro de téléphone. Cela n'a pas vraiment été compliqué. Il m'a suffit d'aborder une greluche blonde aux seins énormes mais au visage disgracieux qui traînait souvent avec Kalyn. Je lui ai parlé quelques instants, lui ai soufflé que c'était vraiment dommage qu'elle ait déjà un petit-ami, j'ai prit ma moue boudeuse (qui est, paraît-il, -même si je n'en doute pas-, « adoraaaaable ») et je lui ai demandé si elle n'aurait pas le numéro de ma future conquête. Ni une ni deux, elle me l'a donné en me bavant presque dessus. Si je n'avais pas eu besoin de ce thon, je crois que je l'aurais renvoyer chier avec une belle phrase made in Natanaël D'Argances. Que voulez-vous, c'est ça le problème quand on est trop beau... On attire même les plus grosses mochetés. »


Dimanche 6 octobre 2008, 18h04


« La soirée d'hier a été plutôt fructueuse. J'ai réussit à décrocher un rendez-vous au cinéma avec l'imprenable Kalyn. Évidemment, le film était nul. J'avais crut qu'une fille comme elle aurait de bons goûts cinématographiques, mais ce n'est visiblement pas le cas. À moins que ça ait été un moyen pour qu'on se rapproche... De toute manière, je préfère un film nase avec une belle fille dans mes bras plutôt qu'on bon film tout seul. J'ai réussit enlacer sa taille et elle à couché sa tête sur mon épaule. Au début, je la sentais un peu réfractaire et tendue, mais mon talent naturel a fait le reste et, à la fin de la soirée, elle était complètement à l'aise. Je l'ai ramené chez elle et j'ai réussit à lui voler un baiser sur le pas de sa porte. Elle m'a demandé pourquoi je m'accrochais à elle alors que je pouvais toutes les avoir. Je lui ai répondu que en effet,je les avais toutes, mais que c'était elle seule que je voulais. Je ne pense pas que mon air innocent l'ait trompé, mais ses doutes ne l'ont pas empêcher de me rouler une pelle d'enfer ! J'espère qu'elle est aussi douée au lit qu'elle l'est avec sa bouche !


Du côté de Sinaï McHoney, rien à signaler. Il ne m'a pas refait sentir que je n'étais qu'un « gamin » à côté de lui. Nos dîner du mercredi soir sont toujours civilisés mais froids et mortellement ennuyants. Le dernier petit jeu de mon hôte est d'essayer de soutenir le plus longtemps mon regard. La plupart du temps, il gagne. Mais quand je détourne le regard, je m'arrange pour avoir un haussement de sourcil ou un sourire ironique qui laisse entendre que ces jeux me laissent indifférents et m'amusent plus qu'autre chose. Je sens à son regard qui me brûle que ça lui déplaît. Môsieur n'aime pas qu'on lui résiste. Ça tombe bien, moi non plus. »


Vendredi 1er Novembre 2008, 21h16


« Cette merde ambulante qu'est Andrew Baker, dit Wik, n'a pas intérêt à recroiser mon chemin une nouvelle fois, sinon je le descend. Ou plutôt je paie quelqu'un pour le faire. Hors de question que je ne m'approche à moins de cinq mètres de lui désormais. Cette abomination de la nature va devoir payer pour ce qu'il a fait. On ne salit pas un D'Argances sans représailles !


Pourtant la soirée avait bien commencé. Ce sont les vacances scolaires et hier soir avait lieu la traditionnelle soirée d'halloween. Une des filles à papa qui me coure après et dont j'ai oublié le nom (il y en a tellement après tout...) m'avait invité à la fête qu'elle organisait. Toutes les personnes les plus branchées de Cambridge étaient présentes. C'était une soirée déguisée sur le thème d'halloween, bien qu'en fait tous les costumes soient permis. Pour l'occasion, moi et Wik (comment ais-je un jour pu faire des choses avec lui) avions été nous faire faire des déguisements sur mesure par une couturière londonienne réputée. Nous avions prit le train deux semaines plus tôt pour faire nos commandes et les avions reçues quelques jours avant l'évènement. Nous nous étions rejoints chez la fille, qui habitait une grande villa avec un jardin immense et des chambres à coucher par dizaines (pratique pour tirer son coup en douce, j'en ferais l'expérience plus tard dans la soirée...). Wik était déguisé en fille. Il portait une robe en soie rose, une perruque blonde et des talons hauts. Son visage était maquillé mais l'ensemble n'était pas vulgaire. Seulement... sexy. Penser que Wik puisse être... « sexy » me dégoûte mais c'est pourtant l'impression qu'il dégageait... à mon grand malheur. Pour m a part, j’avais endossé le costume d’un démon des temps moderne. Enfin… c’est-ce que Wik a décidé quand il a vu comment j ‘étais habillé. Je trouve absolument stupide de devoir revêtir des vêtements moches et désagréables juste pour « s’amuser ». Que les autres se ridiculisent ne me pose aucun problème (de toute façon, la plupart sont aussi laids déguisés que habillés normalement), mais pas MOI ! J’avais donc acheté pour l’occasion un pantalon en cuir noir ultra moulant ainsi qu’une veste en cuir également. Je ne portais rien sous cette dernière et je l’avais laissé ouverte pour laisser le bas peuple se repaître de ma beauté. Visiblement cela a fonctionné, vu les regards plus qu'appréciateurs que mon passage déclenchait.


Pour ce qui est de la soirée en elle-même, rien d'extraordinaire à signaler. La musique montée à tue-tête. Des filles à moitié nue dansant sur la piste et aguichant le premier venu. De l'alcool en veux-tu en voilà. Et bien entendu, de la drogue en circulation libre. Les filles se faisaient peloter dans les toilettes par des mecs complètement stones. Bref, une fête comme la jeunesse dorée de notre monde à l'habitude d'en voir. Une fête réussie selon ses critères.


Aux alentours d'une heure du matin, la soirée battait son plein. Les couples se bécotaient dans tous les coins. Plusieurs étaient déjà montés à l'étage. La quasi totalité des jeunes présents étaient soit complètement bourrés, soit totalement drogués. Au milieu de cette décadence juvénile, il y avait moi. J'étais assis sur un fauteuil en vrai cuir qui devait valoir une petite fortune (rien n'est trop beau pour mon noble postérieur !), un verre d'alcool à la main (je dois avouer que je ne me souviens absolument pas de combien de verres j'ai ingurgité) et une fille en train de me sucer. Devant tout le monde. J'aurais été dans mon état normal, je n'aurais pas accepté. Mais l'alcool faisait son effet et j'étais complètement excité par le fait de me faire tailler une pipe par une fille que je ne connaissait pas deux minutes avant devant tout le monde. Et puis, pour être honnête, les autres s'en foutaient. J'aurais pu la sauter en plein milieu de la salle que personne n'aurait daigné lever les yeux. Ils étaient tous trop occupés à sombrer dans la débauche.


Tout a dérapé quand la fille s'est relevée pour m'embrasser. Sa taille mince et svelte ainsi que son visage fin m'avait trompés dans l'obscurité. Ce n'était pas une fille. C'était Wik. Ses yeux étaient injectés de sang mais leur éclat ne mentait pas : il me désirait. En réalisant ce qu'il s'était produit, j'ai bondit : comment avait-il PU ? C'était immonde et c'était de sa faute ! Je venais de faire ce qui me dégoûtait le plus au monde et c'était de la faute de cet être abject !


J'étais furieux. Jamais je n'avais été aussi déboussolé et enragé. C'était un mec. Et il m'avait sucé. Et j'avais aimé ça. Mais je croyais que c'était une fille. Ça ne faisait pas de moi un pédé ?! Pour bien montrer à ce... ce.... cette tapette ce que je ressentais, je l'ai poussé par terre et l'ai frappé plusieurs fois. Cependant, avant que cela ne tourne au vinaigre (manquerait plus que les flics débarquent et me foutent en taule), je suis sorti et suis parti déverser ma colère sur un transat qui traînait près de la piscine. Une fois ma colère évacuée, je suis tombé au sol et j'y suis resté prostré longtemps. Au bout d'un moment, combien de temps je ne saurais le dire, un type louche est venu me voir pour me proposer un petit sachet de poudre blanche. « Gratuit pour la première prise » a-t-il dit. De toute façon l'argent n'aurait pas été un problème.


Quelques minutes plus tard, je planais complètement. Je m'étais enfilé deux-trois verres (ou quatre-cinq ? J'ai oublié) d'un alcool inconnu. J'étais complètement parti dans mon trip. Dans mon délire, je me rappelle avoir dragué plusieurs filles, les avoir embrassé et tripotées. Après, il y a un moment où je ne sais plus ce que j'ai fait. Je me souviens pourtant vaguement avoir été trouver Wik. Il était dans une chambre. Nu. Un mec était en train de le branler avec l'énergie du désespoir. Ma mémoire a effacé quelques passages de ce qu'il s'est passé ensuite. À moins que ce ne soit ma mauvaise foi qui ne veut pas s'en souvenir. Toujours est-il que je ne sais que par flashs ce qu'il s'est passé ensuite. Wik a du virer l'autre type puisque je me suis retrouvé seul avec lui. Il m'a fait fumer un joint. Je devais être dans un état lamentable. Pathétique. Si mon père m'avait vu.


Ensuite... Je ne devrais même pas l'écrire. Si quelqu'un lisait ça... Ensuite, je me suis retrouvé nu, le sexe douloureusement tendu. Wik était déjà dénudé. Je me souviens de ses yeux, pervers et désireux. Je mes souviens de son corps, beau et viril. Je me souviens de l'avoir repoussé alors qu'il cherchait ma bouche. Je me souviens l'avoir repoussé alors qu'il tentait de caresser mon corps. Je me souviens l'avoir plaqué à plat ventre sur le lit. Et je me souviens l'avoir possédé. J'étais violent. Je voulais le toucher le moins possible. Mes mains tenaient ses hanches pour pouvoir aller plus vite et plus fort. J'étais sourd à ses gémissements de douleur. Je l'étais encore plus quand il s'est mit à gémir de plaisir. Pour ma part, je me rappelle l'avoir insulté, l'avoir traité de tous les noms. Je me souviens avoir déversé ma colère et ma jouissance en lui.


Après ça, j'ai du rentrer chez moi. Je crois avoir croisé Sinaï Mc Honey, mais j'ai dû rêver. Le sourire pervers que j'ai crut voir sur ses lèvres ne peut être qu'un rêve. Mc Honey ne sourit pas. Encore moins perversement. Et surtout pas à moi.


Ce matin je me suis réveillé avec la nausée. Je me suis rarement sentit aussi mal. Comment ai-je pu faire ce genre de chose ? Les hommes ne peuvent pas m'attirer. Ce n'est pas possible. Tout est de la faute de ce pédé de Wik. Qu'il tente de croiser mon chemin et... il verra ce que c'est de se frotter à un D'Argances en colère. »


Vendredi 15 novembre 2008


« Je n'ai pas revu Wik depuis deux semaines. Depuis ce soir-. Heureusement. D'ailleurs, j'ai presque totalement occulté cette soirée de ma mémoire. Enfin... j'ai mis ma mauvaise foi naturelle au boulot et voilà le travail.


Mc Honey est de plus en plus bizarre. Il passe son temps à me regarder étrangement. Ses yeux ont une lueur dérangeante qui me met mal à l'aise. C'est peut-être mon imagination mais on dirait qu'il sait pour ça.


Côté sexe, je me suis fait Kalyn. Ce n'était ni tendre, ni romantique. Je la voulais et elle me voulait aussi. On a fait ça dans les toilettes de la fac. Cette fille est une vraie chaudasse. On se revoit parfois le soir. Juste pour baiser. Elle est assez inventive au pieu. C'est peut-être pour ça que je continue à la voir. Car sinon je ne me sens pas autant apaisé par une bonne partie de jambe en l'air que d'habitude.


Je vais voir des putes aussi. Elles sont moins sensibles à la douleur et ne risquent pas de commenter mon manque d'enthousiasme pendant l'acte. C'est vrai que je suis pris d'une véritable frénésie sexuelle, mais je n'en suis pas pour autant très excité par le sexe. Bien sur, j'ai des réactions physiques normales et je suis aussi doué au lit qu'avant. Mais je me sens vide de l'intérieur. Et les filles le remarquent quand je les saute. Même en étant très excité et passionné. Pour combler ce manque, j'essaie tout. Je tente toutes les nouvelles positions, je veux avoir le plus de filles possible, dans des endroits insolites. J'ai même tenté une partouze (moi et trois bombes sexuelles aux seins énormes et aux cuisses grandes ouvertes rien que pour moi).


Mais rien. Je ne sens plus rien. Je crois que je suis dans la merde. »

Publié dans : Le désert où git mon coeur - Par ley
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Jeudi 11 septembre 2008

Et non, vous ne rêvez pas !!! un nouveau chapitre d'Androgyne ! ^^

J'espère que vous me pardonnerez mon absence, mais j'ai eu un été très chargé et avec la reprise des cours, ce n'était pas évident !

Enfin, je suis trop contente de retrouver mes 2 p'tits loups : vous verrez, ils n'ont vraiment pas une vie facile ! =)

bisous à tous mes lecteurs

ze vous n'aime <3

 



CHAPITRE 23


L’angoisse. Les secondes s'égrenant avec patience et lenteur. Le silence devenu pesant et moite de peur. Les yeux émeraudes de Joakim étaient plantés dans ceux, tourmentés, d'Esteban. Le plus vieux prit le visage de son amant en coupe dans ses mains et effleura ses lèvres des siennes, son souffle caressant son visage juvénile. Il ferma les yeux et laissa les mots couler de sa bouche, sans essayer de les retenir. Il était trop tard pour mentir et se voiler la face.


  • - J'ai toujours crut que dire ces mots serait comme une condamnation à mort, un oubli de soi et la fin de la liberté. Pourtant je n'ai pas le choix, je ne peux pas te mentir. Et j'ose espérer que tu n'es pas comme tous les autres, que tu sauras être là... Je t'aime, Esteban. Malgré mes démons passés, malgré nos démons présents. Je t'aime.


L'écrivain posa finalement sa bouche contre celles de son cadet et joua doucement avec ses lèvres. Esteban était sous le choc. Les paroles de son idole d'amant le comblaient de joie et le ravissaient. Il avait eut peur que ses sentiments ne soient pas partagés, même si il avait confiance dans le regard et les gestes du châtain. Maintenant, il était soulagé. Pourtant, l'angoisse sourde qui lui tordait le ventre et lui nouait la gorge persistait.


  • - Moi aussi je t'aime Joakim... Et même si je suis peut-être encore trop jeune pour le dire, je crois que tu es l'homme de ma vie. Je n'ai jamais été aussi bien avec quelqu'un...


Il l'embrassa à son tour puis le regarda dans les yeux, une expression inquiète et suspicieuse dans le regard. Joakim perçut cette distance et se recula, étonné.


  • - Quelque chose ne va pas ?

  • - ... , le plus jeune ne répondit pas mais glissa un coup d'œil éloquent vers le papier que son amant tenait encore entre les doigts.

  • - Oh... ça ? Et bien... comment te dire...

  • - Tu es...

  • - SERONEGATIF !!! s'exclama le châtain en levant le papier en l'air.

  • - Vraiment ?


Esteban s'empara de la feuille et la lut attentivement, un sourire ravi étirant ses traits au fur et à mesure de sa lecture. Finalement il la jeta par terre et se jeta au cou de son amant. Il glissa ses bras autour ses épaules et l'enlaça fortement, comme pour s'assurer que c'était la vérité, qu'ils étaient bien là, tous les deux, en bonne santé et amoureux.


De l'autre côté des portes vitrées du Centre de Dépistage, un homme vêtu en noir des pieds à la tête regardait avec attention le couple qui s'étreignait. Il retira ses lunettes noires et sortit un portable de la même couleur. Après avoir attendu quelques secondes, il murmura quelques mots dans l'appareil sans détacher son regard de l'intérieur du bâtiment. Son interlocuteur lui répondit quelque chose et il raccrocha, un sourire pervers accroché à ses lèvres fines. Il rangea son portable dans sa poche et remit ses lunettes sur ses yeux bridés. Il tourna les talons pour monter dans sa voiture et démarra en trombe au moment où les deux amants sortaient du centre, les doigts étroitement enlacés. Esteban crut reconnaître le conducteur de la voiture et se retourna, cherchant dans sa mémoire où il avait put voir cet homme. Ne trouvant pas de réponse à sa question intérieure, il haussa les épaules et suivit son petit-ami, le pas guilleret et les pensées légères.


**********


C'était un samedi soir comme les autres. Comme toujours depuis qu'ils sortaient officiellement ensemble, Esteban avait fourré deux-trois vêtements dans un sac, avait embrassé sa mère, avait pris sa voiture et était parti en direction de Nantes. En roulant sur la quatre-voies, le jeune homme rêvassait à sa relation avec l'homme de sa vie. Deux mois avaient passé. On était déjà en mars et le printemps commençait à percer. Les fleurs pointaient le bout de leur nez, l'air s'adoucissait, les gens se découvraient légèrement. Lentement mais sûrement, le temps s'écoulait, imperturbable, insensible.


Ces deux mois avaient été des mois de pur bonheur pour les amoureux. Au fil du temps, la confiance s'était endurcie, les mots avaient finit par devenir superflus, les gestes se faisaient plus sûrs. Ils ne faisaient pas l'amour souvent. Juste quand le désir se faisait trop présent. Ils ne voulaient pas aller trop vite. Il avait peur. Il voulait le protéger.


**********


Dans sa voiture aussi sombre que ses yeux, l'asiatique jeta un coup d'œil au message qu'il venait de recevoir. L'écran de son portable affichait le simple mot : « Maintenant ». Il eut un sourire pervers et se lança un regard appréciateur dans le rétroviseur. Il se trouvait beau et désirable. Il savait qu'il allait réussir. Il réussissait toujours dans ce domaine. C'était peut-être un de ceux où il était le plus doué.


**********


Perdu dans ses pensées, l'adolescent finit par arriver à destination. Il gara sa voiture dans le parking souterrain où il avait l'habitude de retrouver son petit-ami. Celui-ci devait d'ailleurs l'attendre avec impatience. Il avait, d'après lui, une nouvelle importante à lui faire part. Le jeune homme sortit de son véhicule en sifflotant. Il fit quelques pas et avisa la silhouette élancée Joakim. Le châtain avançait vers lui, un sourire préoccupé aux lèvres. Esteban allait le rejoindre quand une main lui attrapa le bras fermement et le retourna brusquement. Il sursauta et allait déverser sa colère sur l'inconnu quand il reconnut son allure : c'était l'homme qui était devant le CDAG l'autre jour.


L'asiatique enleva ses lunettes et enleva l'adolescent de son regard noir. Il fit glisser ses yeux sur son corps parfait et se mordilla la lèvre inférieure avec envie. Ce serait un délice. Puis, prenant conscience du regard agacé posé sur lui, il se ressaisit et apostropha sa cible :


  • - Tu me reconnais pas chéri ?

  • - Non, mais ça va pas ? Je vous connais pas, OK ? Et je vous permet pas de m'appeler « chéri » !

  • - Pourtant, on, a été intimes un jour... Ou plutôt une nuit, susurra l'homme d'une voix basse et sensuelle.

  • - Intimes ? Vous devez faire erreur !

  • - Allons... Ne fais pas ton timide... Esteban !

  • - Que... Comment connaissez-vous mon nom ? S'affola le jeune homme.

  • - Un beau blond, ça te dit rien ? Heuuu... Guillaume je crois ? Et si mes renseignements sont exacts, il a un colocataire. Un asiatique, il me semble. Tiens, mais comme moi ! S'amusa l'homme, un sourire moqueur étirant sa bouche.

  • - Ryuichi ??! Oh, non ! Ça va pas me suivre partout !!

  • - Alors... content de me revoir ? C'est vrai que tu es partit un peu précipitamment la dernière fois ! Pourtant... c'était sympa. À refaire d'ailleurs ! Tu as un cul divin !


Esteban avait d'abord blanchit puis rougit comme une écrevisse aux paroles de son ancien amant d'un soir. Ryuichi remarqua ce changement de couleur avec plaisir. Apparemment, le jeune aux cheveux bleus n'avait pas oublié leur dernière rencontre. Ce dernier lança un regard stressé à son compagnon qui attendait, plus ou moins patiemment, la fin de cette discussion. Joakim avait seulement entendu son petit-ami s'exclamer en reconnaissant son interlocuteur. Il le sentait mal. Très mal. La façon de se mouvoir de l'asiatique était beaucoup trop féline à son goût. De même que sa promiscuité et sa manière de frôler le garçon. Ainsi que le regard qu'il lui lançait. Et l'expression de son compagnon quand il s'était tourné vers lui avait achevé de semer le doute en lui. Il avait un visage tourmenté. Un de ces visages qu'ont ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Et c'était loin de rassurer le châtain.


De son côté, Esteban commençait à se sentir extrêmement mal à l'aise. L'attitude de Ryuichi face à lui l'embarrassait. Ce côté sensuel et pervers de drague affichée l'excitait autant que cela lui faisait peur. Avec Joakim, tout avait été fait en douceur, presque comme si être ensemble était une évidence. Il n'y avait pas eu cette partie troublante et affriolante qu'est l'approche de l'autre et sa séduction. Mais Ryuichi n'était pas la bonne personne et il ne voulait pas perdre Joakim pour une bête histoire d'adolescent.


C'est pourquoi, quand l'asiatique l'attira à lui et posa impérieusement ses lèvres contre les siennes, insinuant sa langue dans la bouche du jeune homme, quand il colla lascivement son corps au sien, Esteban le repoussa de toute ses forces. Il lui assena une claque violente et lui hurla :


  • - Mais t'es vraiment qu'un porc !!! Je T'INTERDIS de me toucher, tu entends ?! Maintenant, dégages ! Barre-toi ! Et ne me reparle JAMAIS !!!!


L'asiatique le regarda, surpris par la crise d'hystérie du jeune garçon. Il se redressa, haussa les épaules et siffla :


  • - Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi simplement. Je te veux, tu comprends ? Je le veux ! Ajouta-t-il en regardant Joakim qui venait d'arriver au secours du jeune homme. Le châtain lui lança un regard dédaigneux et se contenta de prendre son petit-ami dans ses bras et de lui embrasser les cheveux pour le calmer.


L'intrus fit demi-tour et sortit du parking en roulant à toute allure, n'oubliant pas de klaxonner en passant devant les deux amants. Esteban finit par relever la tête, penaud, fuyant les yeux du châtain qui s'étaient fait inquisiteurs.


  • - C'était qui ?


La voix de Joakim était distante. Esteban répondit en murmurant :


  • - Le colocataire de Guillaume...

  • - ... Et... que te voulait-il ?

  • - Je... je ne sais pas...

  • - Menteur, souffla tristement l'écrivain.

  • - ...

  • - ...

  • - Il... Enfin... Quand je t'ai dit que Guillaume n'avait pas la même conception du couple que moi, ce n'était pas toute la vérité...

  • - Ah...

  • - En fait, le dernier soir, on a couché ensemble... Mais son colocataire est arrivé. Et... il nous a surpris. J'ai voulu partir, mais... Enfin... tu vois quoi !

  • - ... Non, Esteban. Dis-le moi, s'il te plait.

  • - ... On a couché ensemble. Tous les trois... murmura le jeune homme d'une voix quasi-inaudible, les joues rouges et les yeux embués.


Joakim accusa le coup en silence. Après tout, il pouvait bien faire ce qu'il voulait. À cette époque, ils ne sortaient pas ensemble. Mais savoir que ce type avait repris contact avec Esteban mettait le châtain hors de lui. Et il avait osé l'embrasser !


  • - Tu m'en veux ?


La voix timide de l'adolescent fit retomber l'adulte sur terre. Le garçon le regardait, anxieux.


  • - Non. Bien sûr que non. J'aurais aimé être au courant, c'est tout. Mais je ne gâcherai jamais tout ce qu'on a surmonter pour en arriver là pour de simples broutilles...

  • - Merci...


Joakim sourit doucement et prit le menton du jeune homme en coupe pour lui donner un baiser tendre. Esteban soupira contre les lèvres de son amant et passa ses bras autour de sa taille.


  • - Moi aussi, je dois te dire quelque chose. Mais ça attendra qu'on soit chez moi.


Le plus vieux prit la main du plus jeune et l'entraîna vers les étages supérieurs et vers son appartement. Soudain, le châtain s'arrêta net. Le lycéen le regarda, déconcerté. Il vit son visage pâlir brusquement et suivit son regard. Sur la porte d'entrée était accroché une feuille retenue par un morceau de ruban adhésif. Esteban leva un sourcil dubitatif. Pourquoi un simple petit mot mettait son amant dans cet état ? À moins qu'il ait quelque chose à cacher... Joakim se saisit du papier et le parcourut rapidement avant de le froisser avec rage. Il entra dans l'appartement, vite suivit par le plus jeune, qui se posait de plus en plus de questions.


Le châtain stressait. Comment pouvait-il réapparaître maintenant ? Il avait pourtant eut ce qu'il voulait, non ?! Et ce mot ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il lança un regard anxieux à Esteban qui le regardait parler. Il avait l'air perdu et sur la défensive. Joakim passa une main sur son visage, las de toutes ces histoires. Il s'assit sur une chaise de la cuisine et invita le jeune homme à faire de même. Il inspira et se lança :


  • - Je... J'ai contacté ma maison d'édition il y a quelques temps. Je leur ai proposé de révéler mon identité pour ne pas nuire à ma carrière.

  • - Vraiment ? Mais... je croyais que tu préférais l'anonymat ?

  • - En fait, j'aurais voulu continuer à écrire sans qu'on ne sache rien de moi. Mais les derniers événements on fait que je ne pourrais pas continuer à écrire sans me dévoiler un peu. Et j'ai besoin d'écrire. Quand j'écris je me libère d'un peu de mon passé, d'un peu de moi même. Et ça me soulage.

  • - ... Tu fais comme tu le sens. Mais tu as conscience que les journalistes risquent de te harceler pour démêler le vrai du faux ?

  • - Je sais, soupira l'écrivain, je risque de faire la une de la presse à scandale pendant un moment, mais... Je n'ai pas le choix.

  • - Si tu le veux vraiment, alors... Je te soutiens.

  • - Merci.


Esteban sourit faiblement. Il avait compris, grâce aux regard de son amant, qu'ils se verraient peut-être un peu moins désormais. Jusqu'à ce que ça se tasse. Il discutèrent encore un peu de leur vie future. S'ils ne voulaient pas être en couverture de Voici ou Public, ils devraient se montrer discrets. Et cela ne les enchantaient pas trop.


Le reste de la soirée se passa paisiblement. Les deux amants profitaient l'un de l'autre mais les non-dits et les doutes assombrissaient un peu leur humeur. Ils allèrent se coucher tôt. Le lendemain viendrait assez rapidement, avec son lot de questions et peut-être de réponses.


Par réflexe, Esteban se blottit contre corps chaud de son amant. Par réflexe, Joakim enserra sa taille de ses bras. Par réflexe, ils soupirèrent tous deux de bien-être. Ils fermèrent les yeux et se laissèrent aller au sommeil.


**********


Minuit et demi. Il n'arrivait pas à dormir. La scène qui s'était déroulé devant ses yeux quelques heures plus tôt se répètait sans cesse devant ses yeux. Il fallait qu'il s'en assure..


  • - Joakim ?

  • - Esteban ?


Un rire nerveux leur échappa. Ils avait parlé en même temps. Le plus jeune se lança à l'eau :


  • - Le papier, tout à l'heure... C'était quoi ?

  • - Quel papier ? La voix de l'écrivain était faussement assurée.

  • - Joakim, s'il te plaît...

  • - ... C'était... Un mot de... Un mot de Keanu.

  • - Keanu ?! Mais... Vous avez repris contact ?

  • - Bien sûr que non ! S'exclama le châtain. Je ne sais pas ce qu'il me veut. Ce type me répugne !

  • - ...


Esteban était pensif. Quand il avait parlé, le cœur de son petit-ami s'était mit à battre anormalement vite. Il était bien placé pour le savoir, sa tête reposait dessus. Il releva la tête et chercha le regard de son amant. Celui-ci le fixa puis détourna le regard. Sa voix hésitante perça l'air à son tour :


  • - Et toi... Ce type... Le colocataire de ton ex. c'est la première fois que tu le revois depuis ce soir -là ?

  • - Évidemment !


La voix du plus jeune était fort. Son expression indignée. Pourquoi ne le croyait-il pas ? Pourquoi lui mentait-il. Des larmes perlèrent à ses yeux et il se laissa retomber sur le matelas. Joakim se tourna vers lui et lui caressa la joue. Sans mot dire, il l'embrassa doucement. L'adolescent se laissa faire. Quand il sentit les mains froide de son amant remonter le long de ses hanches, il baissa les armes. Il l'aimait.


Cette nuit-là, ils firent l'amour avec rage. Ce fut une nuit torride et violente. Dans son sommeil, Esteban pleura. Il était jaloux. Il avait fait mal au châtain. Il ne valait pas mieux que les autres. Le regard perdu dans le vide, Joakim souffrait en silence. Les larmes ne sortaient pas. Il était vide à l'intérieur. Il avait replongé. Et c'était sa faute. Il avait fait de la peine au seul homme qui l'avait jamais aimé et qu'il avait jamais aimé. Il était un monstre.


Dans la poche du pantalon de l'écrivain, un bout de papier froissé avait été oublié. Dessus était marqué quelques mots : « Attend-moi, mon amour. Je reviendrai. J'ai ce dont tu as besoin. Tu ne tiendras pas plus longtemps. Et n'oublie pas : tu es à moi. Keanu »


**********


Dans un petit appartement insalubre, un homme aux cheveux aussi noirs que sa peau est pâle gémissait bruyamment. Entre ses cuisses dénudées, un autre homme aux traits asiatiques était occupé à lui faire un fellation. Le premier jouit en hurlant dans la bouche de l'autre. Il le poussa alors sur le sol, le mit à quatre pattes, lui écarta violemment les jambes et le pénètra avec une force inouïe. L'asiatique poussa un râle. Il aimait le sexe violent. Et son patron était un homme très violent, au pieu comme dans la vie de tous les jours. Quelques minutes après, le dominant jouit une seconde fois et s'écroula sur son amant. Tout en reprenant sa respiration, il se retira de l'asiatique et se coucha sur le dos. Un mot franchit ses lèvres :


  • - Alors ?

  • - Un jeu d'enfant...

  • - Il y a intérêt Ryuichi, il y a intérêt...

  • - Pas de problème, Keanu. Je connait déjà le petit. Ça n'en sera que plus facile.

  • - Un client ?

  • - L'ex de mon colocataire.

  • - Parfait.


Un sourire cruel étira la fine bouche de Keanu. Ses yeux froids s'éclairèrent d'une lueur démentielle. Il embrassa l'asiatique avec fougue et le prit une nouvelle fois. Son plan avançait. Il allait souffrir.

Publié dans : Androgyne - Par ley
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à partir de maintenant, réponse aux commentaires !! ^^

(j'ai commencé avec ceux de ruuju et FilleDeJoie)


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