Samedi 16 août 2008

Le soleil entrait par la fenêtre au dessus de l’évier. Assis devant un bol de café, Joakim semblait dormir encore. Il étouffa un bâillement derrière sa main, but une gorgée de café et lança un coup d’œil ennuyé vers son journal. Il était neuf heure du matin et son amant l’avait réveillé quand il s’était extirpé du lit pour aller se laver. Peu de temps après un énième bâillement, Esteban apparut dans la cuisine. Il sentait vaguement une odeur de shampoing et de gel douche, mais ces odeurs banales étaient masquées par une senteur qui ravit l’écrivain : le jeune homme portait son parfum. Il était vêtu de vêtement simples mais élégants et seuls ses yeux bouffis par sommeil montraient qu’il n’était pas si réveillé qu’il le paraissait. Attendri, Joakim se leva et lui versa une tasse de café fumant qu’il déposa sur la table. Esteban le regarda faire puis, une fois que l’écrivain n’eut plus rien dans les mains, s’approcha de lui, enlaça sa taille et déposa un chaste baiser sur ses lèvres. Joakim soupira d’aise et répondit au baiser avec douceur et tendresse. Les deux hommes burent leur café en silence, profitant tout simplement de la présence de l’autre.

 

Quelques minutes plus tard, Esteban se tenait devant la porte, face à un Joakim encore en boxer. Sa main reposait sur la poignée, prêt à partir.

 

-         Pour le test, on le fera ensemble, OK ? je pendrai rendez-vous demain.

-         D’accord.

-         T’inquiètes pas. Tu peux pas être séropo. Pas toi, souffla l’adolescent.

-         Tout le monde peut être séropo, Esteban… Même moi, lui répondit faiblement l’écrivain.

-         … A bientôt alors ?

-         Ouais, à bientôt. Passes une bonne journée avec ton père !

 

La voix du châtain était enrouée, faussement joyeuse. Le jeune homme aux cheveux bleus s’en aperçut et s’approcha de lu. Il posa délicatement ses mains sur ses joues et posa son front contre le sien :

 

-         Tant qu’on est ensemble, on peut tout surmonter. D’accord ? C’est vrai que la vie c’est pas un roman à l’eau de rose, mais on peut faire en sorte que la notre soit pas un film noir…

 

Joakim sourit et bougea un peu son visage pour que leurs bouches se rencontrent. Leurs lèvres s’unirent délicatement, comme s’ils avaient peur de casser l’autre si leur baiser s’intensifiait. Leurs langues se caressaient lentement, prenant leur temps. Ils finirent par se séparer, à contrecœur, et Esteban sortit. Une fois dans sa voiture, il s’adossa à son siège et souffla. Il passa une main rêveuse sur ses lèvres et murmura un « Putain, j’crois que je suis fou de lui… ».

 

La journée passa lentement pour chacun d’eux. Ils étaient déjà en manque l’un de l’autre. Pour tromper l’ennui, Joakim partit se balader dans les rues de Nantes, presque désertes un jour de Noël. Il donna quelques pièces à un clochard, alimenta un régiment de pigeon avec un reste de gâteaux secs qui traînait dans une poche de son blouson, et décida d’appeler à sa maison d’édition. Il rentra donc chez lui et décrocha le téléphone. Au bout de quelques sonneries et une dizaine de minutes à écouter la musique d’ambiance destinée à le faire patienter, il put enfin parler à son éditeur. A la fin de la discussion plutôt animée, Joakim reposa le combiné sur son socle en soupirant. Il était temps de lever le voile d’Anny Rodge et d’assumer les erreurs du passé. Il espérait juste que son nouveau soutien ne laisserait pas s’effondrer l’édifice branlant qu’il tentait de construire.

 

De son côté, Esteban passait une journée agréable avec son père. Le père avait emmené son fils dans sa ville natale, La Rochelle, en Charente Maritime Ils avaient déjeuné en tête à tête dans un restaurant relativement calme, avaient déambulés sur le port en se racontant les derniers évènements qui avaient fait leurs vies et avaient finit l’après-midi chez la grand-mère paternelle du jeune homme. En somme tout se passait bien, même si parfois, un picotement au cœur rappelait au lycéen qu’il était loin de son amant. Alors que son père le déposait chez lui, Esteban hésita puis se retourna pour ancrer ses yeux dans ceux de l’homme ne face de lui. Sa voix trembla un peu quand il dit :

 

-         Papa… Faut que je te dise que… enfin… je suis homosexuel.

 

Monsieur Miller ne dit pas un mot, ses lèvres se pincèrent et son regard se fit lointain. Le jeune homme retint sa respiration quand son père reprit la parole :

 

-         Tu sais… Je crois qu’au fond je le savais. Du moment que tu es heureux… Mais fais attention, tu choisis pas la voie la plus simple.

-         J’en suis conscient mais…

-         Tu es amoureux ?

-         … oui…

-         J’espère juste qu’il est digne de toi.

 

Le plus vieux passa une main incertaine dans les cheveux de son fils et les lui ébouriffa gentiment en souriant tristement. Son regard redevint vague tandis qu’il articulait difficilement ces mots :

 

-         Mon frère était homo aussi… Mais le Sida l’a emporté. Fais pas la même connerie, s’il te plaît, Esteban…

 

La gorge de l’adolescent se serra alors qu’il repensait aux risques qu’il avait déjà prit. Lors de sa première nuit avec le châtain, il lui avait fait une fellation sans se protéger alors qu’il y avait un risque qu’il ait le VIH. Et toutes les fois où il avait oublié de mettre une capote avec Guillaume… Sans compter sa dernière fois avec le blond, quand son colocataire les avait rejoint. Le jeune aux cheveux bleus sortit de la voiture, une boule d’angoisse au creux du ventre.

 

**********

 

Une semaine plus tard, Joakim et Esteban se tenait devant le Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit de Nantes. ils s’étaient donné rendez-vous devant la porte. Joakim arriva le deuxième. Il embrassa Esteban, pour le saluer et pour calmer la peur sourde qui grondait en lui. Le jeune homme approfondit le baiser, passant une main sous sa nuque et l’autre derrière son épaule. Ce n’est que quand il se serra plus contre lui que Joakim se rendit compte que l’adolescent aussi tremblait. Ils se détachèrent et enlacèrent leurs doigts avant de rentrer dans la bâtisse.

 

A l’intérieur, ils se dirigèrent vers ce qui semblait être l’accueil. La secrétaire en poste leur sourit gentiment et leur donna à chacun un carton avec un numéro en leur expliquant la démarche. Ils patientèrent quelques instant dans une salle chaleureusement aménagées. Tout était fait pour que le client se sente à l’aise. Puis, ils durent partirent chacun de leur côté. Ils échangèrent un dernier regard avant de suivre la personne en bouse blanche qui les guidait. Tous deux durent faire face à un médecin qui les ausculta et leur demanda s’ils avaient des questions. A ce moment, Esteban rougit et se lança. Après tout, il était là pour ça :

 

-         Ahem… Est-ce qu’il y a un risque d’être contaminé en faisant une… hum…

-         Une fellation ? l’aida doucement le médecin.

-         Oui… mais… si… si mon petit-ami n’a pas.. enfin, vous voyez…

-         S’il n’a pas éjaculé ?

-         … Oui…

-         Et bien, *le risque est plus faible que pour la pénétration vaginale ou anale, mais il existe, aussi bien pour la personne qui fait la fellation que pour celle qui la reçoit.* Cependant, le risque serait plus important si ton petit-ami avait éjaculé dans ta bouche.

-         Ah…

 

De son côté, Joakim avait aussi une question. Une question qui l’avait empêché de dormir la nuit dernière.

 

-         En fait… mon ancien compagnon était séropositif. Je ne l’ai appris que récemment et… nous n’avions que rarement des rapports protégés… Est-ce que ça veut dire que je suis obligatoirement contaminé aussi ?

-         Pas obligatoirement. *Par exemple, en cas de rapports sexuels non protégés avec une personne séropositive, il peut suffire d’une fois pour être contaminé, mais on peut ne pas avoir été contaminé au bout de dix rapports, et l’être au onzième.*

-        

-         D’autres questions ?

-         Non…

 

Après cet entretien, les deux amants durent subir une prise de sang et ils furent enfin relâchés. La secrétaire de l’accueil leur demanda de bien conserver leurs cartons et de revenir avec dans une semaine. A ce moment seulement, un médecin pourrait leur donner leurs résultats.

 

Esteban et Joakim rentrèrent chez ce dernier sans échanger un mot. Une fois dans l’appartement, ils soufflèrent enfin et se laissèrent tomber sur le canapé. Esteban se pencha vers la table basse, attrapa la télécommande, et mis un programme au hasard. Quand il se redressa, deux bras lui encerclèrent la taille et il tourna son visage vers celui, malicieux, de son amant. Joakim se pencha pour effleurer les lèvres de son cadet et lui donna un baiser sensuel et profond. Ils s’embrassèrent avec passion pendant un long moment puis se détachèrent. Esteban se blottit contre son aîné et ils regardèrent la télévision ensemble, en parlant de tout et de rien, mais surtout de leur angoisse commune et de leur envie d’être heureux ensemble. Jamais le mot « amour » ne fut prononcé, mais ils n’étaient pas dupes. Les mots ne leurs étaient pas indispensables. Ils avaient leurs regards, leurs gestes… Cet après-midi là, ils ne firent rien de plus que quelques caresses, scellant leur nouvelle relation à la fois si solide et fragile.

 

**********

 

C’était la deuxième semaine de Janvier. Les cours avaient repris pour Esteban et les deux amants se voyaient moins souvent. Le vendredi suivant la rentrée, Esteban n’avait pas de cours l’après-midi. Il avait décidé, d’un commun accord avec son petit-ami, d’en profiter pour aller chercher leurs résultats au CDAG.  En sortant du lycée, un cri l’arrêta. Il se retourna pour voir débouler sa fusée de meilleur ami. Erwan était toujours le même avec ses cheveux noirs tressés et ses yeux pétillants de malice. Cependant, aujourd’hui, un pli barrait son front et il regardait son ami avec un air sévère :

 

-         Dis moi, Banou… T’essaierais pas de m’éviter par hasard ?

-         Et tu crois que si c’était le cas, je te le dirais ?

-        

-         Bien sûr que non je t’évite pas, Erwan. T’es mon meilleur pote !

-         Alors explique moi pourquoi on s’est quasiment pas vu depuis le début des vacances ?

-         Et bien… hum… J’ai été assez occupé…

-         A d’autres ! T’as des problèmes avec ton écrivaillon ?

-         Hein heu non, non, pas du tout…

 

Le malheureux jeune homme avait prit une teinte écarlate et son meilleur ami lui lança un regard suspicieux avant d’éclater de rire.

 

-         Ouaiiiiiiiiiiiiiiis !!! Je comprends, t’inquiètes ! Je sais ce que c’est d’avoir les hormones en ébullition !!

-        

-         ben quoi ? tu vas pas me dire que tu sors pas avec lui ?!

-         … Non, on sors ensemble.

-         et maintenant OSES m’avouer que vous avez rien fait ensemble !! de sexuel, bien sûr…

-         … Tu sais que tu fais peur avec ce regard ?

-         Changes pas de sujet, Esteban Miller !

-         Je dirais rien ! Bon… maintenant, je vais retrouver mon petit-ami, si yu le veux bien…

 

Esteban monta dans le bus qui partait en ligne directe de son lycée à Nantes, sans attendre la réponse de son ami. Pourtant il l’entendit, comme toutes personnes présentes dans le véhicule. Car Erwan avait hurlé à son ami, mortifié :

 

-         C’est ça, va satisfaire tes hormones, espèce de sale pervers !!!!

 

**********

 

Les deux hommes se tenaient, main dans la main, devant le centre de dépistage, avec comme une impression de déjà-vu. Ils serrèrent les doigts de l’autre une dernière fois avant de se rendre à l’accueil. La secrétaire, toujours la même, les accueillit avec un sourire compréhensif et leur demanda d’attendre un peu avant d’avoir les résultats. Encore une fois, ils se retrouvèrent dans la salle d’attente. Mais cette fois, la peur leur nouait le ventre et l’angoisse leur serrait la gorge. Esteban partit le premier, laissant son petit-ami seul. Une infirmière ne tarda pas à venir le chercher aussi.

 

Quelques minutes plus tard, chacun arriva dans le hall avec un papier à la main. Esteban prit la main de son compagnon, qui lui tournait le dos. Il lui murmura à l’oreille :

 

-         Je suis séronégatif. Et toi ?

-        

 

Inquiet, le lycéen se plaça face à son amant et ôta les mains qu’il avait plaqué sur son visage. Joakim avait les joues baignées de larmes salées qui sortaient sans s’arrêter de ses yeux si verts. Le plus jeune passa son pouce sur ses joues pour les essuyer et posa ses lèvres chastement sur celles de son amant :

 

-         Même si t’es séropo, je t’abandonnerai pas, Joakim. Je t’aime trop pour ça…

 

Le concerné leva un regard brillant sur lui et un faible sourire étira ses lèvres alors qu’il prenait une profonde inspiration. Lui aussi avait une déclaration à faire.



Les phrases entre *sont des phrases prises sur le site sida-info-services (un site très bien fait que je vous conseil de visiter si vous vous posez des questions sur le SIda, les MSt ou autre...)

Je vous laisse sur ce petit suspense de fin et j'espère que je pourrais écrire rapidemment pour vous mettre la suite !!!


Publié dans : Androgyne - Par ley
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Samedi 2 août 2008

Journal de Natanael

 

Dimanche 8 septembre, 9h48

 

" Savez vous comment s’appelle cette sensation d’avoir tout ce qu’il vous faut? Non ? Bien sûr que si vu que je me parle à moi-même à travers ce journal et que MOI, je le sais… On appelle ça la satisfaction. C’est ce que je ressens ce matin, à demi allongé dans mon lit, complètement nu sous ce drap trop blanc, le corps chaud d’une jeune fille endormie contre moi.

 

Mais commençons par le commencement. Hier avait lieu la fameuse réception à laquelle m’avait fortement « convié » mon tendre hôte Sinaï Mc Honey. Finalement, cette soirée aura été instructive.

 

Mon éducation aristocratique destinée à faire de moi un parfait homme de société m’a apprise que la première impression est toujours la seule qui compte dans ce monde dans laquelle j’évolue. J’avais donc misé sur l’apparence. Mes cheveux blonds cuivrés étaient soigneusement peignés et coiffés d’une main de maître par la coiffeuse la plus chère de la ville. J’ai payé une somme astronomique dont je tairai le montant pour qu’elle me les coupe et qu’elle me les arrange. Je voulais être à la pointe de la mode en étant toujours dans les standards de la bourgeoisie. C’était réussi, j’étais à tomber. Je suis toujours à tomber d’ailleurs. Mais là, j’étais devenu une bombe sexuelle et charismatique dont mes yeux verts légèrement rehaussés par un maquillage imperceptible et mon sourire craquant venaient renforcer l’effet dévastateur. Pour ce qui est de mes vêtements, j’avais emporté dans mes valises un ensemble entièrement blanc fait sur mesure pour moi par un grand couturier français, ami de mon père, que je n’avais encore pas eu le temps d’honorer.

 

La soirée commençait officiellement à 20h00, mais tous les invités se devaient d’arriver à 21h00 MINIMUM. Question d’honneur. Donc, à 20h00, j’étais dans ma douche, en train de me prélasser sous l’eau chaude et relaxante. Je passe les détails de ma toilette, cela ne présente aucun intérêt…

 

Ainsi donc, aux alentours de 21h45, je pu faire mon apparition sans risquer de me faire trop désirer ou d’attendre moi-même les invités. Je repérai vite fait mon hôte et allai le rejoindre sans me presser. Je sentais avec délice les regards se tourner vers moi, les murmures me frôler et me tourner autour, les conversations se suspendre et les souffles se raccourcir. D’une démarche lascive, je m’approchai de Mc Honey. Je réussis l’exploit d’attirer l’attention de mon hôte et des personnes auxquelles il parlait sans avoir à signaler ma présence. Comme la situation l’exigeait, je regardai un instant le brun dans les yeux. Pendant une fraction de seconde, je pu sentir ses yeux sonder mon apparence. Un imperceptible hochement de tête finit par me donner une idée de ce qu’il pensait de moi. J’avais fait les bons choix. Puis, je  détournai mon attention sur le couple avec lequel il conversait. Je fis un signe de tête à l’homme (un vieillard bedonnant aux yeux calculateurs) et lui tendis la main en me présentant puis fit un sourire charmeur à sa femme (une vieille peau dont les seins pendouillaient lamentablement dans sa robe de soie rose vif, et dont les cheveux étaient tirés sauvagement en arrière en un chignon serré) en lui susurrant des mots de sympathie. Quelques paroles plus tard et j’étais seul avec mon hôte. Il m’adressa un regard vide dans lequel je crus discerner une note de satisfaction et m’entraîna ensuite dans un tourbillon de présentations. Je dus distribuer une quantité de sourire hypocrites et de paroles suaves et fausses impressionnantes. Mais j’avais l’habitude. C’était mon train-train quotidien quand je vivais chez mes parents. J’allais de réceptions en réceptions, passant de la pommade aux vieux croûtons d’actionnaires de mon paternel et charmant leurs femmes défraîchies par mes paroles et gestes. Mais ici, les gens ne me connaissaient pas. Ils avaient certainement entendu parler de mon père, sans aucun doute. Mais pas de moi. Et mon savoir-faire en société parut en étonner plus d’un

 

C’est grâce à cette foule de courtisans et autres nobliaux que je découvris des aspects de la personnalité de Mc Honey que je ne connaissais pas. J’en ai dénombré trois dans la soirée d’hier, mais un personnage tel que lui doit bien en cacher d’autres.

 

Je m’attendais au premier. En tant qu’ « ami » de mon père, il ne pouvait que l’avoir développé. J’ai pu admirer le talent d’homme d’affaire de mon hôte. Cet homme est presque aussi terrifiant que mon père, et ce n’est pas peu dire. Je ne suis pas là pour faire une dissertation sur les capacité de mon père mais je pense que pour la comparaison ça peut être utile. Arthur D’Argances, c’est un mélange de Georges Clooney et de Dracula. Il a le charisme, la classe et l’allure du premier (si, si, j’vous jure : il lui ressemble vraiment !) et le prestige, la cruauté et la froideur du deuxième. Et bien, en comparaison, mon père serait presque (je dis bien presque : on ne peut pas évincer comme ça Georges Clooney et Dracula !) un rigolo face à Mc Honey. Ce type est un as dans l’art de faire des affaires en étant le seul profiteur des négociations. Il est froid à un point que je me demande s’il a déjà éprouvé une émotion quelconque. Plus froid que le plus mort des vampires. Mais, à la fois, il est tellement charismatique que même une pierre fondrait devant lui. Je pense que personne ne peux lui résister. Il a un charme contagieux et sait appuyer là où il faut. Je l’ai vu faire plier un éminent homme politique de la région en seulement quelques phrases d’apparence anodines. En tant que spectateur averti et habitué à ces machinations dignes des plus grand stratèges, j’ai observé sa façon de faire avec un intérêt grandissant. Quelque soit la personne à laquelle il parlait, il savait. Il savait les points faibles de ses invités, il savait leurs péchés mignons, il savait leurs hontes, il savait tout ce qu’il y avait à savoir. A ce moment là, je ressentis l’immense satisfaction d’être moi. Le fils de mon père, homme riche, influent et se trouvant dans les petits papiers de Mc Honey. La vie peut-elle être plus belle quand on est jeune, beau, riche et sous la coupelle d’un homme tel que mon hôte ? Honnêtement, j’en doute. à cet instant, une bouffée de fierté m’emplit en pensant à qui j’étais. Car, contrairement à la foule d’insignifiant qui vit dans ce monde, je suis quelqu’un. Et pour achever de me combler, Mc Honey n’en avait pas après moi. Il ne me reste plus qu’à espérer (et faire en sorte) que je ne sois jamais la proie de mon requin d’hôte. Ce fut le premier aspect de sa personnalité que je découvrit, sans grande surprise.

 

Ma deuxième découverte m’étonna davantage, bien que beaucoup d’hommes et de femmes de sa condition aient développés le même trait de caractère. Mon hôte était un raciste convaincu qui pouvait se montrer plutôt violent dans ses mots. Tout en affichant un calme olympien et une retenue impressionnante, bien sûr. Je le découvris lors d’un spectacle particulièrement jouissif que Mc Honey m’offrit. La soirée était déjà lancée, il devait être aux alentours de 23h30, et mon glacier d’hôte m’entraînait vers la dernière personne que je devais rencontrer. Visiblement c’était fait exprès. Les traits de Mc Honey, ordinairement lisses et sans émotion, affichaient une nette désapprobation et un dégoût prononcé. Tout en restant aristocratiquement neutre. Ce type est le paradoxe incarné… Moi, en tant que gentil fils à papa discipliné mais totalement désintéressé, je l’ai suivi et ai salué « Mr Robert Stiman, un photographe réputé pour ses sublimes photos de nus féminin, ces mêmes photos prônant la liberté et l’émancipation de la femme ». Traduire par : ce type petit et rachitique qui a visiblement un tic aux yeux (on dirait qu’il se prend pour un appareil photo humain tellement il cligne souvent des paupières) fait des photos pornos avec une couverture féministe. N’importe qui aurait trouvé cela horriblement dégradant pour les femmes. Moi j’ai tout simplement trouvé cela normal et amusant. Après tout, que sont les femmes à part les mères de nos enfants et des objets sexuels tout à fait charmants ? Rien. Pour moi, elles ne sont que ça. Qu’elles soient intelligentes ou stupides, belles ou laides, leur fonctionnalité première se résume à ce que j’ai énoncé plus haut. Bref, toujours est-il qu’à ce stade de la conversation, je n’avais toujours pas compris le comportement étrange de Mc Honey. Ce n’est que plus tard que lumière se fit : (voici leur conversation, à peu près mot pour mot)

 

-         J’espère que votre jeune épouse s’adapte bien à la vie en société, a susurré Mc Honey en désignant du menton une jeune femme à la peau d’ébène, assise un peu plus loin.

-         Oh… oui, oui. Très bien… (Là, Stiman se demandait où il voulait en venir)

-         Et… j’espère pour vous qu’elle a réussi à s’intégrer dans ce clan si sélectif que nous formons.

-         Et bien… C’est encore un peu tôt mais… c’est en bonne voix. (Là, Stiman se pissait dessus tellement la voix de Mc Honey était froide et tranchante)

-         Parfait. Il ne faudrait pas que ses… origines soient une entrave à votre progression sociale, n’est ce pas ?

 

La voix du brun était glacée par la méchanceté, et le dégoût se lisait clairement sur ses traits. J’étais impressionné par la violence qu’il mettait dans ses propos, mêlant animosité et douceur hypocrite.

 

-         N… non… c’est évident… et… ce ne sera pas le c… cas…

-         J’aime mieux ça. Je dis cela pour vous, bien entendu. Après tout, si on ne voit que rarement des « personnes » de cette… race infiltrer notre société, il doit bien y avoir une raison.

-        

-         Mais laissons la nature faire son œuvre. Je veux dire… votre femme peut encore faire ses preuves. Elle n’est pas laide, si on excepte ses lèvres trop charnue et ses formes un peu trop prononcées. Et elle est sûrement intelligente. A partir du moment où on la comprend sous son accent… africain.

-        

-         A bientôt, Mr Stiman. Et mes... amitiés à votre épouse.

 

Le type avait blanchi au fur et à mesure des paroles de Mc Honey. Une fois que nous nous fûmes éloignés, je l’ai vu embarquer sa femme, mettre leurs vêtements et prendre congé sans demander son reste. J’étais surpris (même si je n’en laissait évidemment rien paraîre) : Sinaï Mc Honey était un véritable salaud quand il le voulait.

 

Désormais, les présentations d’usages étaient terminées et je me baladais tranquillement entre les convives, adressant deux-trois mots à quelques uns, faisant du charme à certaines jeunes filles ou écoutant d’un air distrait les conversations. Je m’adonnais à mon sport favoris pendant les réceptions guindées de la haute société : je cherchais une femme délaissée en manque de sexe torride. Je finis par prendre un verre de champagne (de qualité supérieure) et arrêtai mon choix sur une femme encore jeune pendue au bras d’un homme qui la dédaignait complètement. Sa robe légère mettait en valeur ses deux seins fermes et sa taille fine. Sa bouche rouge était pulpeuse et attirante. Quand elle leva la tête vers moi, sûrement dérangée par mon regard insistant, je lui fis un sourire en coin, faussement timide. Ses lèvres s’étirèrent et un bout de langue mutine passa sur sa lèvre supérieure avec langueur et indécence. Je lui fis un clin d’œil charmeur et l’enveloppai de mon regard brûlant, m’attardant sur ses tétons que je voyait déjà durcir et sur ses jambes fuselées. Quand je remontai vers son visage, ses joues avaient pris une couleur rosée. Je m’approchai du groupe qu’elle et son mari formaient avec d’autres hommes et demandai poliment à l’emprunter pour le temps d’une danse. Son époux n’opposa aucune résistance et la laissa partir avec un désintérêt total. J’en profitai pour emmener la belle sur la piste et l’entraînait dans une danse langoureuse et sensuelle. Je cherchais toutes les occasions pour frôler son corps, et quand un soupir franchi ses lèvres entrouvertes, je sus qu’elle était à moi.

 

Pourtant, un spectacle surprenant me poussa à enclencher le service pilote automatique pendant quelques minutes. Mon corps continuait à faire danser ma partenaire, à lui sourire et à la charmer, tandis que mon esprit s’attardait sur la scène qui m’avait interpellé. Sinaï Mc Honey discutait avec une superbe femme au corps mince et élancé et à la chevelure blonde soyeuse. Une véritable beauté. Enfin… ce n’était pas le plus étonnant. Tout comme moi, mon hôte semblait être passé en mode séducteur. Je ne l’avais jamais vu usant à ce point de son charme naturel. Ses yeux étaient deux perles en fusion et ses lèvres murmuraient ce que je devinait être des paroles charmeuses. Il dégageait une aura de sensualité et de charisme pure. Une aura qui semblait naturelle. Pour moi, la séduction est une deuxième nature. J’aime être beau et désiré à tout moment et j’ai travaillé dur pour cela. Mais chez Sinaï Mc Honey, ce n’est pas sa deuxième, mais sa première nature. Et cette constatation me fit enrager. Je serrai plus fort la femme entre mes bras et lui offris un sourire ensorceleur. Au même moment, Mc Honey partait vers les étages supérieurs, suivi de la sublime créature qu’il avait séduit. En passant devant moi, ses lèvres s’étirèrent en un sourire narquois. A ce moment je compris : la compétition commençait vraiment. Et j’avais un adversaire de taille.

 

J’emmenai la jeune femme (dont j’avais évidemment oublié de demander le nom, bien qu’elle me l’ai sûrement donné) dans un petit salon inoccupé du rez-de-chaussée et je la baisai sauvagement. Ses petits cris perçants me vrillaient les tympans. J’imaginais la femme que Mc Honey avait emmené en train de jouir gracieusement dans ses bras, tandis que ma propre conquête s’activait à me sucer. J’imaginais le pied qu’il devait prendre avec une femme telle qu’elle, tandis que je me répandait dans le corps de mon coup d’un soir en lui pétrissant les seins. J’imaginais le regard vide s’allumer d’une étincelle de satisfaction après l’orgasme, tandis que ma « proie » se rhabillait. Je restai un moment dans l’obscurité du petit salon, ennuyé par le peu de plaisir que j’avais pris. Je finis par me rhabiller, sortir, et demander à mon hôte (qui avait dû redescendre pendant mon absence et qui, naturellement, était absolument irréprochable) si je pouvais prendre congé et me rendre à cette fête étudiante à laquelle j’avais été invité. Il accepta en disant :

 

-         Bien sûr, je comprend qu’il n’y ait pas grand chose ici qui puisse intéresser un jeune homme tel que vous. Ces soirées ne présentent un intérêt qu’avec la maturité de l’âge. Il est tout à fait normal que vous souhaitiez vous amuser avec des personnes de votre âge…

 

Evidemment, mon visage ne marqua aucune réaction et je partis à la fête de ce… comment déjà ? ah, oui… Jimmy. Dans la voiture (avec chauffeur évidemment) que mon hôte avait aimablement mise à ma disposition, je ressassai ses paroles. Ces paroles acides qui voulaient dire : « coucouche panier petit chiot. Vas t’amuser avec les autres enfants au lieu d’essayer de jouer dans la cours des grands ! » Alors comme ça il me prend pour un gamin ? Et bien, le gamin va lui prouver qu’il a tord… En tant que digne fils de mon père, je peux être un rival redoutable.

 

Le reste de la soirée (ou plutôt le reste de la nuit) fut d’un banal affligeant. Quand j’arrivai à la fête, tout le monde avait déjà trop bu. J’aperçu vaguement Wik embrasser quelqu’un dans la pénombre d’un couloir. Les membres de ma « cour » vinrent tous m’offrir un verre ou essayer de discuter avec moi. En bon Prince, j’acceptais les verres et leurs laissais l’impression de m’intéresser un tant soi peu à eux. Vers trois ou quatre heures du matin, j’étais complètement bourré et une fille aux longs cheveux blonds s’appliquait à me faire un suçon sur la clavicule. Quand ses mains s’aventurèrent dans mon pantalon et que les miennes partirent à la rencontre de ses deux seins, je décidai de rentrer en l’emmenant. J’appelai le chauffeur et embarquai ma proie avec moi. En tant que dieu du sexe, je la fis hurler de plaisir (j’espère que les murs sont épais) alors que je ne parvenais même pas à atteindre l’orgasme. Je finis par m’endormir en tentant d’éloigner de moi la sangsue qui squattait mon lit. La baise, OK, mais les câlins post-orgasmiques, non merci. Surtout quand, justement, il n’y a pas eut d’orgasme.


 

Maintenant, je suis là, toujours collé à cette fille avec qui j’ai couché la nuit dernière. J’ai l’impression d’être Sebastian Valmont, dans le film Sexe Intentions. En train d’écrire dans un carnet après avoir sauté une fille quelconque. Sauf que moi, je n’écris pas sur ces filles sans importances. Juste sur moi, moi, et moi. Qui d’autre que moi compte à mes yeux ? Personne. Amer ? Bien sûr que non. Juste égocentrique. Et je l’assume parfaitement. Si d’autres personnes sont mentionnées, c’est qu’elles m’intriguent. Or, celui qui m’intrigue le plus en ce moment, c’est Sinaï Mc Honey. Cet homme me fait l’effet d’un prédateur. Un animal comme la panthère, qui use de son charme inné et de la terreur qu’il inspire pour manipuler les autres. Ce type m’insupporte. Je ne TOLERE PAS qu’on puisse être meilleur que moi. Il est hors de questions qu’un espèce de glaçon handicapé des sentiments gagne contre moi. Je vaincrai. "



Voilà une suite de LDOGMC !!

Pour ceux qui s'inquiètent de ne voir aucune trace de yaoi au bout de 4 chapitres... c'est normal !! =D ça va venir dans le prochain chapitre normalement mais... peut-être pas de la façon dont vous vous y attendez ^^

Au 16 pour une suite d'Androgyne !! ^^


pix : Sebastian Valmont et Cécile Volanges dans Sexe Intentions (un film génial et une superbe adaptation du roman Les Liaisons dangereuses de Laclos !! Si vous êtes en manque de lceture ou de film... foncez =D)

 

Publié dans : Le désert où git mon coeur - Par ley
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à partir de maintenant, réponse aux commentaires !! ^^

(j'ai commencé avec ceux de ruuju et FilleDeJoie)


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