Samedi 16 août 2008

Le soleil entrait par la fenêtre au dessus de l’évier. Assis devant un bol de café, Joakim semblait dormir encore. Il étouffa un bâillement derrière sa main, but une gorgée de café et lança un coup d’œil ennuyé vers son journal. Il était neuf heure du matin et son amant l’avait réveillé quand il s’était extirpé du lit pour aller se laver. Peu de temps après un énième bâillement, Esteban apparut dans la cuisine. Il sentait vaguement une odeur de shampoing et de gel douche, mais ces odeurs banales étaient masquées par une senteur qui ravit l’écrivain : le jeune homme portait son parfum. Il était vêtu de vêtement simples mais élégants et seuls ses yeux bouffis par sommeil montraient qu’il n’était pas si réveillé qu’il le paraissait. Attendri, Joakim se leva et lui versa une tasse de café fumant qu’il déposa sur la table. Esteban le regarda faire puis, une fois que l’écrivain n’eut plus rien dans les mains, s’approcha de lui, enlaça sa taille et déposa un chaste baiser sur ses lèvres. Joakim soupira d’aise et répondit au baiser avec douceur et tendresse. Les deux hommes burent leur café en silence, profitant tout simplement de la présence de l’autre.

 

Quelques minutes plus tard, Esteban se tenait devant la porte, face à un Joakim encore en boxer. Sa main reposait sur la poignée, prêt à partir.

 

-         Pour le test, on le fera ensemble, OK ? je pendrai rendez-vous demain.

-         D’accord.

-         T’inquiètes pas. Tu peux pas être séropo. Pas toi, souffla l’adolescent.

-         Tout le monde peut être séropo, Esteban… Même moi, lui répondit faiblement l’écrivain.

-         … A bientôt alors ?

-         Ouais, à bientôt. Passes une bonne journée avec ton père !

 

La voix du châtain était enrouée, faussement joyeuse. Le jeune homme aux cheveux bleus s’en aperçut et s’approcha de lu. Il posa délicatement ses mains sur ses joues et posa son front contre le sien :

 

-         Tant qu’on est ensemble, on peut tout surmonter. D’accord ? C’est vrai que la vie c’est pas un roman à l’eau de rose, mais on peut faire en sorte que la notre soit pas un film noir…

 

Joakim sourit et bougea un peu son visage pour que leurs bouches se rencontrent. Leurs lèvres s’unirent délicatement, comme s’ils avaient peur de casser l’autre si leur baiser s’intensifiait. Leurs langues se caressaient lentement, prenant leur temps. Ils finirent par se séparer, à contrecœur, et Esteban sortit. Une fois dans sa voiture, il s’adossa à son siège et souffla. Il passa une main rêveuse sur ses lèvres et murmura un « Putain, j’crois que je suis fou de lui… ».

 

La journée passa lentement pour chacun d’eux. Ils étaient déjà en manque l’un de l’autre. Pour tromper l’ennui, Joakim partit se balader dans les rues de Nantes, presque désertes un jour de Noël. Il donna quelques pièces à un clochard, alimenta un régiment de pigeon avec un reste de gâteaux secs qui traînait dans une poche de son blouson, et décida d’appeler à sa maison d’édition. Il rentra donc chez lui et décrocha le téléphone. Au bout de quelques sonneries et une dizaine de minutes à écouter la musique d’ambiance destinée à le faire patienter, il put enfin parler à son éditeur. A la fin de la discussion plutôt animée, Joakim reposa le combiné sur son socle en soupirant. Il était temps de lever le voile d’Anny Rodge et d’assumer les erreurs du passé. Il espérait juste que son nouveau soutien ne laisserait pas s’effondrer l’édifice branlant qu’il tentait de construire.

 

De son côté, Esteban passait une journée agréable avec son père. Le père avait emmené son fils dans sa ville natale, La Rochelle, en Charente Maritime Ils avaient déjeuné en tête à tête dans un restaurant relativement calme, avaient déambulés sur le port en se racontant les derniers évènements qui avaient fait leurs vies et avaient finit l’après-midi chez la grand-mère paternelle du jeune homme. En somme tout se passait bien, même si parfois, un picotement au cœur rappelait au lycéen qu’il était loin de son amant. Alors que son père le déposait chez lui, Esteban hésita puis se retourna pour ancrer ses yeux dans ceux de l’homme ne face de lui. Sa voix trembla un peu quand il dit :

 

-         Papa… Faut que je te dise que… enfin… je suis homosexuel.

 

Monsieur Miller ne dit pas un mot, ses lèvres se pincèrent et son regard se fit lointain. Le jeune homme retint sa respiration quand son père reprit la parole :

 

-         Tu sais… Je crois qu’au fond je le savais. Du moment que tu es heureux… Mais fais attention, tu choisis pas la voie la plus simple.

-         J’en suis conscient mais…

-         Tu es amoureux ?

-         … oui…

-         J’espère juste qu’il est digne de toi.

 

Le plus vieux passa une main incertaine dans les cheveux de son fils et les lui ébouriffa gentiment en souriant tristement. Son regard redevint vague tandis qu’il articulait difficilement ces mots :

 

-         Mon frère était homo aussi… Mais le Sida l’a emporté. Fais pas la même connerie, s’il te plaît, Esteban…

 

La gorge de l’adolescent se serra alors qu’il repensait aux risques qu’il avait déjà prit. Lors de sa première nuit avec le châtain, il lui avait fait une fellation sans se protéger alors qu’il y avait un risque qu’il ait le VIH. Et toutes les fois où il avait oublié de mettre une capote avec Guillaume… Sans compter sa dernière fois avec le blond, quand son colocataire les avait rejoint. Le jeune aux cheveux bleus sortit de la voiture, une boule d’angoisse au creux du ventre.

 

**********

 

Une semaine plus tard, Joakim et Esteban se tenait devant le Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit de Nantes. ils s’étaient donné rendez-vous devant la porte. Joakim arriva le deuxième. Il embrassa Esteban, pour le saluer et pour calmer la peur sourde qui grondait en lui. Le jeune homme approfondit le baiser, passant une main sous sa nuque et l’autre derrière son épaule. Ce n’est que quand il se serra plus contre lui que Joakim se rendit compte que l’adolescent aussi tremblait. Ils se détachèrent et enlacèrent leurs doigts avant de rentrer dans la bâtisse.

 

A l’intérieur, ils se dirigèrent vers ce qui semblait être l’accueil. La secrétaire en poste leur sourit gentiment et leur donna à chacun un carton avec un numéro en leur expliquant la démarche. Ils patientèrent quelques instant dans une salle chaleureusement aménagées. Tout était fait pour que le client se sente à l’aise. Puis, ils durent partirent chacun de leur côté. Ils échangèrent un dernier regard avant de suivre la personne en bouse blanche qui les guidait. Tous deux durent faire face à un médecin qui les ausculta et leur demanda s’ils avaient des questions. A ce moment, Esteban rougit et se lança. Après tout, il était là pour ça :

 

-         Ahem… Est-ce qu’il y a un risque d’être contaminé en faisant une… hum…

-         Une fellation ? l’aida doucement le médecin.

-         Oui… mais… si… si mon petit-ami n’a pas.. enfin, vous voyez…

-         S’il n’a pas éjaculé ?

-         … Oui…

-         Et bien, *le risque est plus faible que pour la pénétration vaginale ou anale, mais il existe, aussi bien pour la personne qui fait la fellation que pour celle qui la reçoit.* Cependant, le risque serait plus important si ton petit-ami avait éjaculé dans ta bouche.

-         Ah…

 

De son côté, Joakim avait aussi une question. Une question qui l’avait empêché de dormir la nuit dernière.

 

-         En fait… mon ancien compagnon était séropositif. Je ne l’ai appris que récemment et… nous n’avions que rarement des rapports protégés… Est-ce que ça veut dire que je suis obligatoirement contaminé aussi ?

-         Pas obligatoirement. *Par exemple, en cas de rapports sexuels non protégés avec une personne séropositive, il peut suffire d’une fois pour être contaminé, mais on peut ne pas avoir été contaminé au bout de dix rapports, et l’être au onzième.*

-        

-         D’autres questions ?

-         Non…

 

Après cet entretien, les deux amants durent subir une prise de sang et ils furent enfin relâchés. La secrétaire de l’accueil leur demanda de bien conserver leurs cartons et de revenir avec dans une semaine. A ce moment seulement, un médecin pourrait leur donner leurs résultats.

 

Esteban et Joakim rentrèrent chez ce dernier sans échanger un mot. Une fois dans l’appartement, ils soufflèrent enfin et se laissèrent tomber sur le canapé. Esteban se pencha vers la table basse, attrapa la télécommande, et mis un programme au hasard. Quand il se redressa, deux bras lui encerclèrent la taille et il tourna son visage vers celui, malicieux, de son amant. Joakim se pencha pour effleurer les lèvres de son cadet et lui donna un baiser sensuel et profond. Ils s’embrassèrent avec passion pendant un long moment puis se détachèrent. Esteban se blottit contre son aîné et ils regardèrent la télévision ensemble, en parlant de tout et de rien, mais surtout de leur angoisse commune et de leur envie d’être heureux ensemble. Jamais le mot « amour » ne fut prononcé, mais ils n’étaient pas dupes. Les mots ne leurs étaient pas indispensables. Ils avaient leurs regards, leurs gestes… Cet après-midi là, ils ne firent rien de plus que quelques caresses, scellant leur nouvelle relation à la fois si solide et fragile.

 

**********

 

C’était la deuxième semaine de Janvier. Les cours avaient repris pour Esteban et les deux amants se voyaient moins souvent. Le vendredi suivant la rentrée, Esteban n’avait pas de cours l’après-midi. Il avait décidé, d’un commun accord avec son petit-ami, d’en profiter pour aller chercher leurs résultats au CDAG.  En sortant du lycée, un cri l’arrêta. Il se retourna pour voir débouler sa fusée de meilleur ami. Erwan était toujours le même avec ses cheveux noirs tressés et ses yeux pétillants de malice. Cependant, aujourd’hui, un pli barrait son front et il regardait son ami avec un air sévère :

 

-         Dis moi, Banou… T’essaierais pas de m’éviter par hasard ?

-         Et tu crois que si c’était le cas, je te le dirais ?

-        

-         Bien sûr que non je t’évite pas, Erwan. T’es mon meilleur pote !

-         Alors explique moi pourquoi on s’est quasiment pas vu depuis le début des vacances ?

-         Et bien… hum… J’ai été assez occupé…

-         A d’autres ! T’as des problèmes avec ton écrivaillon ?

-         Hein heu non, non, pas du tout…

 

Le malheureux jeune homme avait prit une teinte écarlate et son meilleur ami lui lança un regard suspicieux avant d’éclater de rire.

 

-         Ouaiiiiiiiiiiiiiiis !!! Je comprends, t’inquiètes ! Je sais ce que c’est d’avoir les hormones en ébullition !!

-        

-         ben quoi ? tu vas pas me dire que tu sors pas avec lui ?!

-         … Non, on sors ensemble.

-         et maintenant OSES m’avouer que vous avez rien fait ensemble !! de sexuel, bien sûr…

-         … Tu sais que tu fais peur avec ce regard ?

-         Changes pas de sujet, Esteban Miller !

-         Je dirais rien ! Bon… maintenant, je vais retrouver mon petit-ami, si yu le veux bien…

 

Esteban monta dans le bus qui partait en ligne directe de son lycée à Nantes, sans attendre la réponse de son ami. Pourtant il l’entendit, comme toutes personnes présentes dans le véhicule. Car Erwan avait hurlé à son ami, mortifié :

 

-         C’est ça, va satisfaire tes hormones, espèce de sale pervers !!!!

 

**********

 

Les deux hommes se tenaient, main dans la main, devant le centre de dépistage, avec comme une impression de déjà-vu. Ils serrèrent les doigts de l’autre une dernière fois avant de se rendre à l’accueil. La secrétaire, toujours la même, les accueillit avec un sourire compréhensif et leur demanda d’attendre un peu avant d’avoir les résultats. Encore une fois, ils se retrouvèrent dans la salle d’attente. Mais cette fois, la peur leur nouait le ventre et l’angoisse leur serrait la gorge. Esteban partit le premier, laissant son petit-ami seul. Une infirmière ne tarda pas à venir le chercher aussi.

 

Quelques minutes plus tard, chacun arriva dans le hall avec un papier à la main. Esteban prit la main de son compagnon, qui lui tournait le dos. Il lui murmura à l’oreille :

 

-         Je suis séronégatif. Et toi ?

-        

 

Inquiet, le lycéen se plaça face à son amant et ôta les mains qu’il avait plaqué sur son visage. Joakim avait les joues baignées de larmes salées qui sortaient sans s’arrêter de ses yeux si verts. Le plus jeune passa son pouce sur ses joues pour les essuyer et posa ses lèvres chastement sur celles de son amant :

 

-         Même si t’es séropo, je t’abandonnerai pas, Joakim. Je t’aime trop pour ça…

 

Le concerné leva un regard brillant sur lui et un faible sourire étira ses lèvres alors qu’il prenait une profonde inspiration. Lui aussi avait une déclaration à faire.



Les phrases entre *sont des phrases prises sur le site sida-info-services (un site très bien fait que je vous conseil de visiter si vous vous posez des questions sur le SIda, les MSt ou autre...)

Je vous laisse sur ce petit suspense de fin et j'espère que je pourrais écrire rapidemment pour vous mettre la suite !!!


Publié dans : Androgyne - Par ley
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à partir de maintenant, réponse aux commentaires !! ^^

(j'ai commencé avec ceux de ruuju et FilleDeJoie)


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