Enfin, elle est bientôt finie (2 ou 3 chapitres environ) et pout ceux qui préfèrent Androgyne, je pense que je devrais faire la suite dans la semaine.
Du côté de Roméo, il attendait après avoir frappé à l’imposante porte. Celle-ci s’ouvrit sur le comte et le jeune homme entra à sa suite. Il le suivit jusque dans un petit salon de l’aile droite
de la bâtisse. La pièce était meublée avec goût, dans des tons chauds mais sans la surcharge caractéristique des maisons nobles de l’époque. Au fond de la pièce se trouvait une tenture
représentant une nymphe se baignant dans un lac clair. A gauche, se trouvait une cheminée qu’entouraient des canapés et sofas à l’apparence confortable. A droite, une baie vitrée occupait tout le
mur et ouvrait sur une petit balconnet. Pâris, qui précédait Toméo, s’arrêta au milieu de la pièce et étendit les bras en haussant les épaules :
- Voilà, c’est la pièce où je me sens le mieux ici. Personne n’a le droit de me déranger. Pas même si la maison brûle.
Roméo fit le tour de la pièce en silence, un sourire admiratif aux lèvres, heureux de se retrouver dans le repère de son amoureux. Il s’arrêta devant la porte vitrée et admira quelques temps le paysage magnifique qui s’étendait devant lui. Un silence s’était installé dans la pièce, mais ce n’était pas un silence pesant, ni gênant. C’était un silence serein que seuls peuvent instaurer deux personnes très proches. Soudain, Roméo sentit un regard brûlant posé sur lui. Il pouvait presque sentir les yeux du plus vieux descendre le long de sa colonne vertébrale, s’arrêter sur ses reins, remonter le long de ses bras puis redescendre sur son postérieur. Il se retourna les joues en feu, et ses yeux rencontrèrent ceux, chargés de désir, du comte. Le jeune homme s’avança, des fourmillements agréables dans le ventre. Il aimait ce regard sur lui et tout son être semblait le tirer vers Pâris. Arrivé à quelques millimètres seulement de son bel amant, il leva les yeux, s’attardant une fraction de secondes sur les lèvres rosées, et ancra ses yeux aux siens avec un regard provocateurs. Il pouvait sentir le corps contre le sien vibrer à son approche et il apprécia le pouvoir qu’il avait sur lui. Envolé l’enfant timide, l’adolescent chahuteur. Envolées les envies d’ailleurs. Il ne restait que lui, Roméo Montaigu, fou d’amour pour cet homme qu’était le comte Pâris. Alors il se rapprocha encore, mêlant leurs souffles, mêlant leurs lèvres. Leur baiser était plus ardent encore qu le premier. Ils s’étaient manqués. Chacun essayait de dominer l’autre et leur deux corps titubaient pendant que leurs langues s’entrelaçaient sans fin. Finalement ils tombèrent sur l’un des sofas, Pâris à cheval sur Roméo, sans interrompre leur baiser féroce. Ils se séparèrent enfin, à bout de souffle et Roméo se sentit rougir sous le regard intense posé sur lui.
- Je t’aime Roméo Montaigu, souffla le plus vieux .
- Moi aussi je t’aime… Comment était la fête sans moi ?
- Ennuyant au possible. J’ai tant pensé à toi que c’est à peine si je me souviens du nom de ma fiancée.
A ces mots, le visage de Roméo s’assombrit et ses yeux se voilèrent. Ces mots lui rappelaient leur condition : deux hommes ne peuvent s’aimer. Encore moins s’ils sont de familles ennemies. Pâris nota ce changement de comportement et effleura la joue du jeune homme avec le dos de sa main.
- Ne pensons pas à l’avenir. Pas encore. Le temps des questions viendra bien trop tôt.
Et il lui ravit ses lèvres, lui faisant oublier tout ce qui n’était pas lui. Et Roméo s’oublia dans ses bras. Il s’agrippa au dos musclé de son amant, frémissant de désir. Le plus vieux fit courir ses mains le long du corps svelte, enlevant au passage les vêtement gênants son avancé. Il embrasait les sens du jeune Montaigu par ses baisers ardents. Roméo n’était plus que gémissement et suppliques. Tout son corps se tendait dans l’attente de la jouissance. Pâris sourit de satisfaction en voyant l’état de son amant. Il le lâcha alors quelques secondes, le temps de se dévêtir à son tour. Les deux corps luisaient de transpiration. Ils s’épousèrent encore une fois dans une étreint sauvage. Puis Pâris frotta son membre tendu contre celui de son jeune amant, leur arrachant des soupirs de plaisir. Roméo suppliait son amant, murmurant des paroles sans queue ni tête. Le comte accéda à sa requête en faisant pénétrer deux doigts en lui. Le jeune homme se crispa légèrement puis se mit à bouger dessus, en demandant toujours plus. Pâris le prépara longuement, lui prodiguant des caresses appuyées sur son sexe et des baiser brûlants surtout son corps. Puis, alors que tous les deux étaient au bord de l’extase, il le pénétra d’un coup sec. Il soupira de bien-être face à l’étroitesse du jeune homme. Celui-ci n’avait eu mal que quelques instant et en demanda vite plus. Le plus vieux ne se le fit pas dire deux fois et commença des coups de reins violent qui les firent monter au septième ciel. Après plusieurs va te viens, les deux amants jouirent ensemble et retombèrent l’un sur l’autre. Ils reprirent leur souffle en silence, puis Roméo souleva une mèche de cheveux qui tombait devant les yeux de son amant et déposa un tendre baiser sur ses lèvres. Il murmura d’une voix rauque :
- Je t’aime tellement.
- … Moi aussi
- Encore…
Roméo se détacha de l’étreinte et alla se mettre à quatre patte sur le sol, les fesses tendues vers son amant qui le regardait, les yeux pleins d’étoiles. Le jeune homme passa sensuellement sa langue sur se lèvres et interpella son amant :
- Tu viens ? je suis sûr que comme ça aussi c’est bien.
Il ne connaissait rien au sexe entre homme. Mais il voulait essayer. Il voulait tout faire avec Pâris. Car même sans ça, ils s’aimaient, mais cet acte était la preuve de leur union. De leur amour. Le jeune comte ne put résister au spectacle qui s’offrait à lui et alla le rejoindre, s’allongeant sur son dos. Il passa sa main dans ses cheveux, embrassa sa nuque et lui refit l’amour encore et encore, avec passion, amour, tendresse.
Plusieurs heures plus tard, ils étaient assis devant la cheminée où rougeoyaient des braises. Enlacés, ils se murmuraient des paroles d’amour. Pourtant, ils avaient conscience que cet amour ne pouvait pas durer. Qu’il était interdit. Ce fut Roméo qui aborda le sujet :
- Pâris, est-ce que… comment fera-t-on plus tard ?
- Je ne sais pas, souffla le concerné après un moment de silence. Je suppose que tu vas devoir te marier. Et moi aussi. Nous ne pouvons pas y couper sinon, on se poserait des questions.
- Je ne veux pas me marier.
- Mais deux hommes ne peuvent pas vivre ensemble au vu et au su de tous, c’est impensable !
- Alors fuyons ! En voyageant tout le temps, personne ne pourra nous faire de mal !
- Roméo, ce n’est pas possible. Tu n’a pas d’argent, et sans travail nous ne pourront pas survivre.
- Mais toi, tu es riche !
- Malheureusement c’est une richesse factice. Seul mon mariage avec Juliette Capulet me permettra de profiter pleinement de mes richesse. Selon la volonté de mon père, il faut que j’épouse l’héritière de cette famille, sinon mon héritage filera droit aux Capulet.
- Alors notre amour est voué à l’échec, murmura le jeune homme, la voix brisée par les sanglots.
- Mon amour, je te jure que je ferais tout pour que nous puissions nous voir ! même après nos mariages. Je te le jure sur..
- Non ! Ne jure pas ! Prendre à témoin quelqu’un ne fera que faire peser sur nous le mauvais œil.
Sur ces paroles, Pâris dévisagea longuement le visage empli d’appréhension qui lui faisait face et se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses douces lèvres, scellant un pacte d’éternité.
Au même moment, dans un coin désert de la ville, Benvolio venait d’ouvrir la lettre que lui avait fait transmettre la belle Juliette. Les mains tremblantes d’excitation, il commença la lecture de la missive :
Mon cher amour,
Je vous écrit alors que la lune éclaire encore le ciel. Vos mots m’ont fait perdre le sommeil et la raison. Je ne puis penser à autre chose qu’à vous et quand j’y repense, la tête me tourne et l’envie de vous voir me transporte.
Je ne peux malheureusement pas vous autoriser à me faire votre cour car mon père m’a déjà promise à un homme. Cependant, je ne peux accepter un mariage avec un autre homme que vous. L’amour qui est né en moi cette nuit grandit toujours plus. J’ai donc pensé à un plan.
Il me faut pour cela l’aide de votre cousin et ami Roméo Montaigu. Seule la paix entre nos deux maisons nous permettra de nous aimer librement. Et pour que cette paix devienne une réalité, j’aurais besoin de m’entretenir avec l’unique héritier de cette maison.
Je voudrais donc vous demander de venir, avec votre ami, à la cellule de Frère Laurent pour les vêpres. Je m’y rendrais moi même pour la confession. Nous discuterons là-bas de ce qu’il faut faire.
Je compte les heures qui me séparent de vous, mon tendre aimé.
Que les astres vous protègent.
Votre dévouée : Juliette Capulet
Il fallut un certain temps à Benvolio pour comprendre le sens de la lettre. Les seuls mots qu’il comprenait étaient ceux qui lui confirmaient l’amour de Juliette. Pourtant il finit par comprendre l’enjeu de la missive et se décida alors à chercher Roméo pour lui demander son aide.
Il partit donc à la recherche de son cousin à travers le dédale de rues de Vérone. En vain. Dépité, il finit par se laisser tomber sur un banc, dans une petite place ombragée. A l’endroit même où Mercutio le trouva, une heure plus tard.
- Benvolio, mais que fais-tu là ?
- Mercutio ? fit le jeune homme en relevant la tête. Tu n’aurais pas vu Roméo par hasard ?
- Non. Le bougre doit se cacher quelque part en dissertant sur la beauté des papillons et le romantisme des fleurs.
- Tu te moques, sourit Benvolio
- Pourquoi le cherches tu ?
- Juliette m’a écrit une lettre.
- Juliette ? LA Juliette ? Juliette Capulet ? La blonde héritière de ce chien de Capulet ? la…
- Oui celle-là même, le coupa son ami amusé
- Alors tu as vraiment été lui faire la cour, souffla l’autre, impressionné
- Eh, bien…oui. Et elle m’a répondu en me disant qu’elle partageait mes sentiments. Mais nous ne pouvons pas nous aimer, alors elle veut rétablir la paix et pour cela, elle a besoin de Roméo.
- Rétablir la paix ne serait pas une mauvaise chose, fit Mercutio, pensif. Mais je doute qu’elle réussisse. Et je ne comprend pas où elle veut en venir avec Roméo.
- Il est l’héritier des Montaigu. C’est celui qui aura le plus de poids. Je suppose.
- Méfie-toi quand même, doux Benvolio. Tu es encore jeune et naïf et cette fille me paraît sournoise et…
Mais Mercutio ne put finir sa phrase car un coup de pied violent l’avait fauché et fait tombé par terre. Il se releva vivement et se retourna pour faire face à son adversaire. Tybalt. Il avait un sourire carnassier aux lèvres et regardait les deux amis avec un air chargé de haine.
- Comment oses-tu, toi, sale chien de Montaigu, insulter ma cousine ?
- Tybalt. Quelle charmante surprise.
- Répond à ma question !!!
- Ta cousine n’est qu’une garce. Je suis persuadé qu’elle se sert de mon ami !
- Une garce ? Juliette est la jeune fille la plus innocente de Vérone ! Ton… ami, par contre, n’a pas intérêt à l’approcher une autre fois s’il tient à la vie !
- Alors c’est donc cela ? tu aimes ta cousine, Tybalt !
- Je l’aime comme il faut aimer sa cousine. Et je me dois de la protéger, de sorte qu’elle ne soit pas salie par les sales mains des Montaigu.
- Mon pauvre Tybalt, tu es bien pathétique. Mais bats-toi ! tu es venu pour ça non ? Tu n’es capable de rien d’autre ! Provoquer et te battre.
Les yeux de Mercutio s’étaient assombris et la même rage se lisait sur ses traits. Il dégaina son épée et son adversaire fit de même. Ils n’entendaient pas les supplication de Benvolio qui les enjoignait à rester calme. Ils étaient face à face et seule leur haine comptait. Les épées s’entrechoquèrent, brisant leur lien visuel. Le duel s’engagea, ne donnant l’avantage à aucun d’eux. Ils étaient de forces égales et quand l’un avançaient, l’autre le faisait reculer. Les deux lames se cherchaient, s’attiraient, se repoussaient dans une danse dangereuse qui rythmait une musique aux tonalités sinistres. La puissance des coups témoignait de leur rage. Leur agressivité était telle que rien n’aurait pu les séparer. Enfin presque. Profitant d’une faille quasi indétectable, Mercutio franchit la garde de son ennemi et se jeta sur lui. Tybalt réussi à faire dévier la trajectoire de la lame de son adversaire mais elle l’entailla tout de même au côté. Cette blessure brisa le duel et Mercutio regarda, hébété son rival tomber à terre en se tenant les côtes. Benvolio profita de se moment de répit pour embarquer son ami et le tirer hors de là avant que quelqu’un n’arrive. En les voyant s’enfuir, Tybalt hurla sa haine et sa frustration :
- Tu me le paieras !!!
Tard le soir, alors que la nuit est tombée, Roméo rentra chez lui. Sur le perron de son immense demeure, il fut abordé par ses deux amis.
- Ben alors, où est-ce que t’étais passé ?
- …
- Roméo ?
- Oui ?
- Tu veux pas nous le dire ?
- Non.
- …
- …
- …
- Roméo ?
- Quoi ?
- Juliette m’aime et elle veut que nos familles se réconcilient.
- Ah.
- On a besoin de toi. Demain, chez Frère Laurent.
- D’accord.
- D’accord ? c’est vrai ?
- Oui.
- Merci Roméo.
Roméo sourit légèrement et rentra chez lui, plantant là ses deux fidèles amis. Benvolio se tourna vers Mercutio, perplexe :
- Tu trouves pas qu’il est bizarre ?
- Roméo ? Il est amoureux .
- Quoi ? Comment tu le sais ?
- Ça se voit.
- Ah.
Ils se regardèrent en silence puis s’enfoncèrent tous les deux dans la nuit pour rentrer chez eux.



